CR =

RES er

} ! ll

EC EN

HISTOIRE NATURELLE

DES

ARAIGNÉES

PAR

EUGÈNE SIMON

ANCIEN PRÉSIDENT DES SOCIÉTÉS ENTOMOLOGIQUE ET ZOOLOGIQUE DE FRANCE.

DEUXIÈME ÉDITION

TOME PREMIER

Accompagné de figures intercalées dans le texte

re NUE OINITS 4 1

#

(SE 1 1 1984

SUN Te f

un fn ?

PARIS LIBRAIRIE ENCYCLOPÉDIQUE DE RORET

RUE HAUTEFEUILLE, 12

1892

Paris. Imprimerie Épouarn DURUY. 22, rue Dussoubs.

La première édition de cet ouvrage date de plus de vingt ans, et, depuis cette époque, nos connaissances sur l'Histoire naturelle des Araiïgnées se sont pour ainsi dire renouvelées.

Cette étude, dont les bases ont été jetées par Latreille, Walckenaer et Sundevall, a été continuée par C. Koch, Blackwall, Westring, Menge, etc., et elle est de nos jours poursuivie par un grand nombre de naturalistes dont nous ne citerons ici que les cinq principaux : L. Koch, T. Thorell, O. P. Cambridge, E. Keyserling et Bertkau; nous croyons aussi avoir contribué à ses progrès par diverses publica- tions, notamment celle d’une faune française ; c’est assez dire que cette nouvelle édition d'un livre, qui n'était au reste qu'une œuvre de jeunesse fort imparfaite, n'aura guère de commun avec la première que le titre et la dis- position générale.

Dans une première partie, nous exposerons, d’une manière aussi complète que possible, l’organisation extérieure des Araignées, en décrivant successivement les diverses pièces de leur système tégumentaire et indiquant leur homologie avec les pièces correspondantes des Insectes et des Crus- lacés, et nous ferons suivre cet exposé d'un vocabulaire des termes employés et de leur synonymie ; mais nous

VI

laisserons de côté l’organisation interne, dont nous ne nous sommes jamais spécialement occupé, renvoyant à ce sujet aux travaux d'E. Blanchard, Bertkau, Schimkewitsch, Cro- neberg, Dabl, W. Wagner et de beaucoup d’autres sa- vants anatomistes qui font autorité; nous ne ferons que, de loin en loin, quelques emprunts à ces auteurs dans les cas cela nous paraîtra nécessaire à la démonstration

des homologies dont nous avons parlé.

La seconde partie, qui sera de beaucoup la plus impor- tante, le véritable corps de l’ouvrage, sera consacrée à la description des familles et des genres. Aucun ouvrage em- brassant ainsi l’ensemble de l’ordre des Araignées n’a paru depuis l’époque éloignée de notre première édition, et les essais de classification qui ont été proposés n'ont eu pour base que des faunes restreintes (1).

Le Genera que nous publions aujourd’hui pour combler cette lacune, sera aussi pour nous le meilleur moyen de faire connaître sommairement le résultat des voyages que nous avons entrepris dans la région méditerranéenne, au Venezuela, aux îles Philippines et à l’île de Ceylan, dans le but d'étudier sur place les divers types d’Arachnides et de nous rendre compte de leurs affinités. Sous ce dernier rapport, nos idées se sont bien souvent modifiées au cours de nos chasses; pour n'en citer qu'un exemple : c’est en voyant les grandes toiles en nappe pourvues d’une retraite

(1) Les deux principales, sans parler de celle que nous avons proposée et que nous comptons développer dans les pages suivantes, sont celle de Thorell, basée sur la morphologie générale, et celle de Bertkau, basée sur certaines particularités anatomiques ; mais le premier de ces auteurs n’a guère fait l’application de sa méthode qu’aux faunes européenne et indo-malaise, et le second ne s’est servi, pour établir la sienne, que des types de l’Europe centrale.

== Ait

tubiforme des Hippasa et des Podophthalma, que nous avons compris l’étroite parenté des Agélénides et des Ly- cosides qui nous aurait sans doute toujours échappé si nous avions restreint nos recherches à la faune de France.

Dans cette seconde partie, nous ne parlerons qu'inci- demment des mœurs et de lindustrie des espèces, et seulement dans leurs rapports avec la classification, mais nous réunirons dans une troisième partie tout ce qui est connu sur la Biologie des Araignées, comme l’a fait ré- cemment Mac Cook dans son bel ouvrage American Spiders. Il nous a semblé que l'étude des mœurs devait forcément suivre celle des espèces, le point essentiel pour faire de fructueuses observations étant de bien connaître les ani- maux qui en font l’objet.

Nous terminerons enfin par la distribution géographique des Araignées à la surface du globe.

L'ouvrage actuel se composera donc de quatre parties : Anatomie extérieure ; Classification et Histoire des familles ; Biologre ; Distribution géographique.

PREMIÈRE PARTIE

Anatomie extérieure des Araignées

Le corps des Araignées est formé de deux parties réunies par un étroit pédicule : la première, résultant de la fusion de la tête et du thorax, est le céphalothorax, la seconde est l'abdomen.

Le céphalothorax (fig. 1) est en dessus d’une seule pièce, dont la forme est très variable et dont la surface est le plus souvent marquée d’une fossette médiane (fovea media) affectant la forme d’un sillon longitudinal, d’un sillon transverse ou d’un trou rond, et de stries ou dépressions rayonnantes partant du centre (striæ radiantes); fossette et stries correspondant à des attaches musculaires internes.

Les deux premières stries, plus constantes que les autres, limitent la partie

céphalique (pars cephalica) qui, dans certains cas,

se distingue en outre par son élévation brusque au-dessus de la partie thoracique (Éresus) ou plus rarement par un étranglement latéral | Sallicus, Myrmecium, etc.); dans d’autres cas, les stries rayonnantes, plus rarement la fossette, disparais- sent et la surface du céphalothorax est parfaite- ment homogène (Micaria). La partie céphalique porte les yeux et en avant les chélicères. L’espace compris entre les yeux et la base des chélicères est le bandeau (clypeus): il est horizontal et sur le même plan que la face dorsale dans le sous- ordre des Théraphoses ; chez toutes les autres Arai-

_ gnées, il est plus ou moins vertical ou oblique et - forme, sauf de rares exceptions (Miagrammopes),

un angle avec la face dorsale (1). La partie thora- cique est presque toujours déclive en arrière, sou- vent sa portion médiane est de tissu moins résistant, quelquefois même

(1) C’est uniquement pour la clarté des descriptions que j'ai adopté ce terme de bandeau (clypeus), créé par Walckenacr, mais ce bandeau n’est aucunement une partie distincte et définie. Menge a introduit d’autres termes dont je ne vois pas l'utilité ;

1

) HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

submembraneux quand elle est recouverte par le bord antérieur d’un volu- mineux abdomen (Gasteracantha), son bord postérieur est presque toujours plus ou moins échancré au-dessus de l'insertion du pédicule; dans certains cas, cependant, le céphalothorax se rétrécit brusquement en arrière en forme de cou cylindrique qui semble prolonger le pédicule (Myrmecium, fig. 9 ct; Formicinoides, fig. 19 ct). Le céphalothorax est le plus souvent entouré d’un rebord, limité intérieurement par une strie submarginale ; ce rebord est tantôt mousse, tantôt en arête plus ou moins tranchante.

L'abdomen, ou seconde partie du corps, est aussi de forme variable et presque toujours sans traces de segmentation. Sa face dorsale, dont le tégu- ment est généralement plus épais que celui de la face ventrale, présente de petites impressions ou fossettes indurées disposées par paires, qui sont, comme celles du céphalothorax, l'indice d’attaches musculaires ; ces impres- sions sont notamment très visibles chez les Thomisides, l’on remarque toujours une impression médiane antérieure impaire, suivie de deux ou trois autres bisériées.

La face ventrale offre aussi parfois des impressions, c’est ainsi que chez les Scytodes, dont les téguments sont mous et délicats, on remarque, en arrière des stigmates et un peu en dedans, deux impressions chitineuses assez larges, limitées en dedans par un rebord semi-circulaire (fig. 21). Ces impres- sions pourraient être prises au premier abord pour vre seconde paire de stigmates analogues à ceux des Dysderides et devenir ainsi une cause d'erreur.

En dessous, l'abdomen offre une partie antérieure, limitée par ur sillon (rüma epigasteris) ou un changement de plan, qui est l’épigastre, présentant au milieu l’orifice génital et latéralement les stigmates de la première paire (fig. 3 et 20). L'’abdomen est parfois recouvert de plaques ou scula coriacés dorsaux ou ventraux.

Dans le groupe des Gasteracantha (Argiopides) (fig. 2) et des Phoroncidiu (Theridiides), toute la face dorsale est plus ou moins indurée en forme de grand scutum souvent armé d’épines et tou- jours marqué de petites plaques plus dures disposées régulièrement : les unes formant une série marginale, les autres un groupe médian trapézoïde. Chacune de ces plaques, appelées points calleux ou ocelliformes, pré-

SEE sente un cordon chitineux épais, de fines lignes concentriques el une impression médiane un peu ombiliquée.

Chez ces mêmes espèces, le tégument de la face ventrale est aussi coriacé el plissé, et le pourtour des filières est épaissi en forme d’anneau ou de tube tres dur (mamillæe tubulatæ).

ion?

pour lui, la partie du céphalothorax portant les yeux et la bouche est l’epicranium, qui se divise lui-même en face (prosopum), joues (genae), front (frons et vertex). Walckenaer paraît, daus certains cas, assimiler le bandeau à une lèvre supérieure ou labre ; à propos des chélicères, il dit (Apt., I, p. 68) « les mandibules placées immédia- lement sous le labre ou bandeau », mais ce rapprochement ne repose absolument sur rien,

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE 3

Une plaque dorsale scutum dorsale) se remarque chez un grand nombre d’Araignées, notamment chez des Affides (Ælurillus, etc.), des Drassides (Echemus, etc.), des Clubionides (Corinna, ete.) elle est presque toujours propre au mâle, chez des Théridiides (Lophocarenum, ete.) elle existe dans les deux sexes. D’autres n'ont, au contraire, qu'une plaque ventrale (scutum ventrale), mais les exemples en sont moins nombreux (Laches scutiventris E. Sim.); d’autres enfin, assez nombreuses (Palpimanus. etc.), sont pourvues

9

Fig. 9.

d’une plaque épigastrique embrassant toute la région de l’épigastre, s’éten- dant plus ou moins loin sur la face ventrale, contournant en avant le pédi- cule et formant autour de sa base un rebord circulaire plus ou moins saillant, ce rebord est quelquefois crénelé en dessus, et, chez les mâles de quelques Theridiides (Asagena, etc.), il concourt à produire la stridulation. (Voy. plus loin.)

Quelques espèces offrent en même temps les deux plaques : dorsale et épigastrique, et, de plus, une plus petite plaque infra-mamillaire, formant au-dessous des filières une sorte de demi-ceinture, disposition bien nette dans lc groupe des Gamasomorpha (Oonopides) (fig. 3-1), et chez plusieurs Theri- diides {Pholcomma, etc.).

Enfin, dans certains cas, le système des plaques abdominales est assez complet pour indiquer une segmentation. C’est ainsi que, dans le genre Tetrablemma Cambr. (fig. 5}, on remarque, indépendamment d’un grand scutum dorsal, un scutum épigastrique très développé, un ventral et un infra-mamillaire indépendants, et, de plus, dans l’espace miembraneux qui les sépare, trois bandes chitineuses parallèles, divisées chacune en trois parties : deux latérales et une postérieure plus petite.

La segmentation est encore plus visible dans le genre Liphistius, Araignée très anormale dont l’abdomen est recouvert en dessus de sept arceaux chiti- neux mobiles très analogues à ceux des Pédipalpes.

Chez un grand nombre d’Araignées à téguments mous et dépourvus de pubescence, le cœur se voit par transparence à la face dorsale de l’abdomen sous la forme d’une bande de couleur claire et opaque, ayant de chaque côté trois diverticula coniques. Il est surtout très visible chez les Pholcus il est situé immédiatement sous la peau; mais, d’après Schimkewitsch (Anat. Ep.), il n’est jamais visible chez les Epetres, il est séparé du tégument dorsal par les lobes du foie.

k HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

L'’abdomen est prolongé en arrière, au-dessus des filières, par un petit post- abdomen ou tubercule anal (luber anale) conique ou semi-circulaire, qui, vu en dessus, est formé de deux ou trois segments (fig. 6) dont les sutures droites sont plus ou moins nettes, et, vu en dessous, de deux seulement ; le dernier segment est triangulaire-obtus ou semi-circulaire ; dans certains cas (Uroctea, OŒEcobius) (fig. 7), il offre à l’extrémité une surface arrondie ou ovale, glabre, mais entourée d’une couronne de longs crins et souvent divisée longitudinale- ment par une petite carène garnie de crins semblables. L’orifice anal est situé en dessous, à la base du dernier segment, elle est en forme de fente transverse ou d’entaille triangulaire plus ou moins masquée par une avance obtuse du segment précédent.

.

}

Fig. 8. Fig. 7. Fig. 6.

Immédiatement au-dessous des filières inférieures se voit encore un petit appendice grêle ou aigu (colulus), dont l’usage n’est pas connu. Cet appendice est ordinairement très petit et peu visible, il atteint rarement une certaine longueur (Loæosceles) (fig. 8), il manque complètement chez toutes les Arai- gnées pourvues du cribellum, dans le sous-ordre entier des Théraphoses et dans la famille des Drassides.

Le pédicule (petiolus) qui unit le céphalothorax à l'abdomen est ordinaire- ment court et caché par la convexité de l’abdomen ; quelquefois, cependant, il est long et donne à certaines Araignées l'aspect d’Hyménoptères, les Myrmecium (Clubionides) (fig. 9) et les Salficus (Aitides) (fig. 10) sont dans ce cas. _ li

Fig. 10. Fig. 49. Fig. 9.

Il est membraneux, mais soutenu en dessus par une sorte de lanière chiti= neuse (lorum pediculi) qui est échancrée à ses deux extrémités. Cette lanière est

EU

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE 5

tantôt indivisé, droite et parallèle (Nephila), tantôt concave (Aviculariides), souvent aussi, pour plus de mobilité, elle est divisée en deux segments inégaux par une suture membraneuse arquée, à convexité antérieure (Sparassides, Zodariides) (fig. 11) ou postérieure (Lycosides) (fig. 12); le second segment est un peu plus court que le premier, il est quelquefois réduit à une très petite pièce profondément échancrée à son bord antérieur ; cette disposition se remarque chez les Dysdera (fig. 13), dont le premier segment, très développé, a la forme d’un triangle à sommet dirigé en arrière et s’adaptant dans l’échan- crure du second segment, tandis que chez les Uroctea le premier segment est très large et cordiforme ; quelquefois (chez les Pholcides) (fig. 14), le pédicule offre en dessus deux étroites lanières chitineuses, parallèles (Priscula) ou con- vergeant en arrière (Pholcus), séparées par une zone membraneuse longitudi- nale ; à leurs extrémités antérieures, ces lanières s’insèrent au céphalothorax qui offre deux petites entailles ou échancrures correspondantes.

Ke Lette Te Céle,

rCiof y

V4 A4 4

GR Qu (earst

Fig. 11. Fig. 12. Fig. 13. Fig. 14.

En dessous, le pédicule est ordinairement membraneux ; dans certains cas, cependant, sa partie antérieure est soutenue et comme enveloppée d’une pièce chitineuse (plagula sternalis postica) appliquée au bord postérieur du sternum et paraissant même quelquefois soudée; chez les Dysderides (fig. 15) et les

Fig. 15, 17. Fig. 18. Fig. 16.

Palpimanides, cette pièce a la forme d’une demi-ceinture à bord postérieur 1 droit ou un peu échancré qui, latéralement, ferme les cavités cotyloïdes des hanches postérieures et vient se terminer en dessus, sur les côtés de la pièce principale du pédicule ; chez les Nephila, elle est arquée en forme d’accent aiguet se prolonge latéralement en minces lanières contournant les hanches postérieures jusqu'aux pièces épimériennes ; elle offre une curieuse disposition dans le genre Hermippus (Zoduriüdes) (fig. 16), elle affecte la forme d’un

6 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

long triangle à sommet antérieur, à base légèrement échancrée et suivie de deux petites pièces obliques. Dans un grand nombre de types (Zodariides fig. 17], Pholcides), elle est représentée par une fine carène souvent bifurquée en arrière, partant de la pointe du sternum et coupant longitudinalement l'intervalle membraneux intercoxal; cette carène peut être appelée carina intercoxalis, bien qu’elle soit l’homologue de la plagula sternalis.

En arrière, le pédicule est souvent entouré et protégé par un rebord très dur de la partie antérieure de l'abdomen, ce qui se voit notamment chez les espèces pourvues de scutum épigastrique, comme les Palpimanus. Mais il n’est vérita- blement induré en dessous que chez les Araignées cette partie est très longue et constamment à découvert, par exemple chez les Salticus il offre une lanière (loruwm inferum pediculi) analogue à celle de la face dorsale, mais indivise ; chez les Myrmecium (fig. 18), elle paraît cependant offrir une suture, mais toute la partie antérieure à cette suture semble constituée par un pro- longement du sternum qui dépasse les hanches postérieures entre lesquelles il est extrêmement rétréci. Cette portion du sternum des Myrmecium résulte peut-être de la soudure d’une pièce analogue à celle que j'ai décrite chez les Dysdera.

Dans certains cas, la longueur apparente du pédicule est due à une dispo- sition particulière du céphalothorax, qui se rétrécit brusquement en arrière en forme de cou cylindrique, ce qui se voit chez les Myrmecium (fig. 9 cé.) et surtout les Formicinoides. Chez ces derniers (fig. 19), le prolongement du céphalothorax est très long, ses bords se replient et se soudent en dessous de : manière à constituer une sorte de tube, et leur suture n’est indiquée que par une fine strie, les pièces propres du pédicule sont réduites à une très petite plaque inférieure pourvue d’une carène.

Les stigmates (spiracula) se présentent sous la forme de fentes étroites, transverses ou obliques, dont le bord antérieur est seul muni d’un épaissis- sement en forme de bourrelet. Ils sont toujours situés à la face inférieure de l’abdomen ; les uns communiquent avec des organes respiratoires localisés et feuilletés, connus sous le nom de sacs pulmonaires, bien que leur structure intime les rapprochent des trachées (1). Les autres communiquent avec des trachées, tantôt simples, tantôt ramifiées, analogues à celles des insectes quant à leur disposition et à leur aspect, mais en différant grandement, aussi bien par leur origine que par leur structure histologique (2).

Les cavités respiratoires dont j'ai parlé, sont visibles à l’extérieur et offrent l'aspect de plaques arrondies ou semi-circulaires d’une teinte un peu diffé- rente de celles des parties voisines et précédant les stigmates pulmonaires qui se distinguent ainsi des stigmates trachéens.

Toutes les Araignées du premier sous-ordre et celles du genre Hypochilus,

(1) L’histologie des sacs pulmonaires a été étudiée par Leuckart, qui a démontré le premier l’homologie de ces organes et des trachées (Cf. Ueb. d. Bau und Bedentung der Sogenannten Lungen bei den Spinnen, 1849). Cf. aussi à ce sujet, Mac Leod, Recherches sur la structure et la signification de l'appareil respiratoire des Arachnides in Archiv. Biol., t. V, 1884, p. 16.

(2) Mac Leod, loc. cit., p. 28-29.

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE 7

qui appartient au second, offrent quatre stigmates pulmonaires, deux situés au pli épigastrique et deux situés plus ou moins loin en arrière.

Les deux premiers se retrouvent chez toutes les autres Araignées (fig. 20, 21), excepté dans le genre Nops Mac-Leay, qui, d’après une récente observation du

: Dr Bertkau, manque absolument de sacs pulmonaires et n'offre que des ; q

trachées (1). Ces stigmates pulmonaires sont accompagnés d’un ou de deux stigmates trachéens, qui, jusqu'ici, ne manquent absolument que dans la famille des Pholcides et dans le genre Pedanostethus E. Sim. (Ctenium Menge), qui appartient à celie des Theridiides.

Dans certains cas, chez les Dysderides, les Oonopides, les Filistatides, les Argyroneta, il y a deux stigmates trachéens placés immédiatement au-dessous des pulmonaires ou un peu plus en arrière, ce qui se voit chez les Oonopides, ils ont une tendance à se rapprocher de la ligne médiane (2), et les Fülista- tides, ils sont cachés au fond d’un pli transverse et profond (3).

Fig. 20. Fig. 1,

Dans toutes les autres familles, les trachées débouchent à l’extérieur par un seul stigmate occupant la ligne médiane ; ce stigmate s’ouvre quelquefois au milieu même de la face ventrale (fig. 20), par exemple chez les Anyphæna (Clubionides) et les Glenognatha (Tetragnathinæ); mais, le plus souvent, il est situé très en arrière, en avant des filières inférieures (fig. 21) ou du cri- bellum (fig. 56 sf.) dans un pli transverse du tégument.

Nora. Les stigmates trachéens ont été découverts chez les Dysderides par Dugès (Observ. Aran. in Ann. Sc. Nat., 2e ser., VI, 1836, p. 159) et chez l'Argyronele, par Grube (Muller’s Archiv., 1842, p. 296). L'existence de trachées, dans la grande majorité des Araignées et leur stigmate postérieur ont été indiqués par Menge (Ueb. die Lebensweise des Arachniden, Dantzig, 1843), qui, cependant, n’a pu les trouver dans tous les types, notamment chez les Epeirides; cette dernière découverte est due à

. (1) Observation indiquée sommairement par T. Thorell in Spindl. Nikob., ete. K. Sy. vet. Akad., Handl., t. XXIV, 2, p. 9.

(2) Disposition encore exagérée dans le genre Tetrablemma Cambr., ces stigmates, rapprochés l’un de l’autre, sont situés au milieu de la face ventrale, en arrière d'un grand scutum épigastrique (Cf. O. P. Cambridge, P. Z. S. L., 1873, pl. xui, fig. 1 c).

(3) La découverte des deux stigmates trachéens des Filistates est toute récente et due à Geo. Marx (Cf. On the importance of the structural characters of Hypochilus in the classification of spiders, in Proceed. Entom. Soc. Washingt., 1, 1889, p. 388).

8 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

Siebold (Lehrbuch der Vergleichenden Anatomie, 1 part., 1848, p. 535). Tout récem- ment, le Dr Bertkau a fait une étude complète de ces organes, il a montré que le nombre normal des stigmates trachéens est de deux, et que le stigmate impair n'est que le résultat de la fusion sur la ligne médiane de ces deux stigmates, qui sont séparés exceptionnellement chez les Dysderides, les Filistatides et l'Argyronete.

Les organes respiratoires ont souvent été pris pour base de la classification des Araignées ; L. Dufour (1) et Latreille (2), prenant en considération le nombre des sacs pulmonaires, avaient réparti les Araignées en deux tribus, que le premier appelait quadripulmonaires et bipulmonaires, et le second, tetrapneumones et dipneumones. Le Dr Bertkau s'est, au contraire, basé sur le nombre des orifices ou stigmates (3), et ses deux divisions portent les noms de tetrasticta et tristiclta, ce qui l’a amené à rapprocher les Dysderiides et l'Argyronete des Aviculariides, résultat beaucoup moins heureux, comme l’a démontré Thorell (4); la séparation des stigmates trachéens ou leur fusion en un seul est un caractère qui ne peut avoir la valeur que lui accorde Bertkau.

Le sternum |[fig. 22) occupe la face inférieure du céphalothorax, il est formé de deux pièces très inégales : la première, beaucoup plus petite, est située entre les hanches des pattes-mächoires et sert de plancher à la cavité buccale ; la seconde est située entre les hanches des pattes ambulatoires.

Ces deux pièces sont séparées par une suture membraneuse qui permet à la première une certaine mobilité de haut en bas, quelquefois cependant elles sont soudées, indiquées seulement par une strie superficielle qui s’efface même parfois complètement (quelques Aviculariidæ, quelques Sicariidæ); dans ce cas, le sternum n’est véritablement formé que d’une seule pièce.

La pièce labiale (pars labialis) est cependant regardée par beaucoup d’auteurs comme faisant partie intégrante de la bouche et analogue à la ièvre inférieure (labium) des insectes. Sa forme est très variable, elle est plus ou moins grande, carrée, semi-circulaire ou ovale, rarement réduite à une simple lame (Aphan- tochilus) séparant les lames-maxillaires qui semblent se toucher. Sa face externe est plane ou convexe, l’interne, dont je parlerai plus loin, à propos de la bouche, est toujours membraneuse et déprimée.

La forme et le développement de la pièce principale du sfernum sont égale- ment très variables ; dans la plupart des cas, ses bords sont coupés de chaque côté de quatre échancrures, plus ou moins profondes, correspondant aux hanches, qui sont insérées au milieu de l’espace membraneux, quelquefois au contraire la plaque sternale se replie de chaque côté et vient rejoindre le bouclier céphalothoracique dont elle n’est séparée que par un étroit sillon membraneux ; dans ce cas, cette plaque est percée de chaque côté de quatre larges ouvertures arrondies ou ovales qui sont les cavités cotiloïdes (acetabula)

(1) Observations sur quelques Arachnides quadripulmonaires in Ann. Sc. Phys., V, 1820, p. 26.

(2) Familles naturelles du Règne animal, ete., 1895.

(3) Versuch. einer natürlichen Anordnung der Spinnen, in Archiv. f. Naturg., XLIV, 1878, 1, p. 351.

(4) On Dr Bertkau’s Classif. of the Order Araneæ, in Ann. Mag. Nat. Hist., 1886, p. 301.

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE 9

des hanches, disposition qui s’observe notamment dans les familles des Dys- derides et des Palpimanides. En arrière, le sternum se termine très souvent en pointe prolongée ou non entre les hanches postérieures qui se touchent ou sont très rapprochées, souvent aussi il est tronqué et les hanches postérieures sont plus ou moins disjointes transversalement. Cette pièce principale du sternum résulte, comme la pièce dorsale du céphalothorax, de la fusion de plusieurs segments dont les sutures sont quelquefois vaguement indiquées

Fig. 92,

par de légères dépressions. Dans le groupe des Miagrammopinæ (fig. 23) cependant, on distingue nettement deux sferniles dont la séparation, au niveau de l'intervalle des hanches de la deuxième et de la troisième paire, est indi- quée par un étranglement brusque et un changement de plan; chacun des sternites à la forme d’un triangle à sommet antérieur; enfin, chez ja plupart des Araignées, on distingue entre les hanches postérieures un petit sternite rudimentaire que j'ai décrit plus haut sous le nom de plagula sternalis postica et de carina intercoæalis (fig. 15-18).

Nora. On peut se convaincre que la pièce labiale appartient bien au sternum en l'étudiant chez les Pédipalpes de la famille des Tarantulides (Phrynus); la plaque sternale de ces Arachnides présente une série médiane de trois sternites dont le pre- mier prolongé en avant, en longue pointe cylindrique, représente la pièce labiale des Araignées.

La bouche s'ouvre assez profondément ; la pièce labiale, dont j'ai parlé plus haut, lui sert de plancher ; à sa face interne, cette pièce offre un grand espace membraneux de forme oblongue, limité par une fine ligne chitineuse de couleur foncée (fig. 24), plan chez presque toutes les Araignées, mais coupé chez les Aviculariides d’un profond canal longitudinal graduellement élargi par le fond, déjà figuré chez le Nemesia par Dugès (1) (fig. 25); les Scytodes et les Pholcus offrent une disposition intermédiaire; chez les premiers (fig. 26), les sillon, très étroit, se bifurque en arrière.

L’orifice buccal est surmonté d’une autre pièce qui n’est visible qu'après

(1) Reg. Anim. Cuv. Arach., pl. ui, fig. 3b. La description que Dugès donne, d’autre part, de la bouche, est obscure et même erronée (Observ. Aran., p. 178).

10 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

avoir écarté ou enlevé la précédente (excepté chez le: Archeides), qui s’y oppose et forme avec elle une sorte de bec.

Cette pièce, qui est le rostre (rostrum), présente la forme d’un tubereule conique déprimé. Sa face supérieure légèrement convexe est glabre avec une bande pileuse médiane et les bords garnis de poils simples assez longs, elle

est de tissu assez souple, surtout à l’extrémité qui paraît extensible, sa base

Fig, 24. Fig. 95. . Lig. 96.

est très rarement recouverte d’une petite plaque chitineuse carrée (Palpi- manides) (fig. 27); chez les Archeides, elle est exceptionnellement à découvert par suite de l'éloignement des chélicères (fig. 32}, sa base est longue, étroite, parallèle et assez dure, tandis. que son extrémité membra- neuse se dilate en fer de lance. Sa

face inférieure, appliquée au repos

sur le plan membraneux de la pièce

ji

labiale, est glabre, plane et bordée = ——

d’une ligne de petites dents, qui ont

été découvertes par Kessler (1); ces LE Pre dents, qui diminuent graduellement | ,

de grosseur de la base au sommet du rostre, sont remplacées, chez les Pholcus, par des poils simples; son

ET QUE Fig, 98. milieu est coupé d’un profond sillon qui se dilate légèrement vers le fond

il est en continuité avec l’æsophage, le reste de sa surface paraît, sous

un grossissement suffisant, recouverte d’un réseau ou d’une striation régu- lière de fibres très ténues traversant en partie le sillon médian (fig. 28); ces fibres sont des lignes brisées, dont les brisures, régulièrement espacées, paraissent au premier abord de teinte plus foncée et ont été prises ancien- nement pour de petites dents, notamment par Lyonnet (Anat. pl. 21, fig. 20), qui, à part cela, a figuré les parties buccales des Araignées avec une exactitude qu’on ne retrouve pas chez les auteurs qui l’ont suivi.

Le rostre correspond à la pièce que j'ai appelée à tort épistome chez les Opiliones (Ar. Fr., t. VII), il n'offre cependant jamais la forme d’une lame itranchante ordinaire chez ces derniers. Croneberg, ayant remarqué que la fente longitudinale, prise par Treviranus pour l’orifice buccal, était l’indice de la soudure de deux pièces distinctes chez l’embryon, n’est pas éloigné d'y

(4) Bull. Mosc., 1849.

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE il

voir la représentation des antennes des insectes (1); Schimkewitsch l’assimile, au contraire, à un labre en faisant remarquer que, chez certains insectes, PAbeille (d’après Butschli), le Bombyx (d’après Tichomiroff), le labre résulte aussi de la fusion de deux appendices primitifs.

Pour moi, le rostre représente à l’état de vestige l’ensemble des pièces buccales des insectes réduites à leur plus simple expression, car, si chez les Araignées, sa partie inférieure, qui peut figurer-le labre selon les vues de Schimkevwitsch, reste seule distincte, chez d’autres types de la classe des Arachnides, notamment chez les Galeodes, sa face supérieure porte en outre deux paires de très petits appendices qui ont été assimilés par E. Blanchard aux mandibules et aux mâchoires (2).

Les pièces épimériennes manquent complètement ou n'existent qu’à l'état rudimentaire, elles sont alors représentées par une étroite bande de tissu chitineux qui s'étend latéralement entre le rebord céphalothoracique et les hanches; cette bande est quelquefois divisée, c’est ainsi que chez quelques Pholeides (notamment chez Priscula umbratilis -F E. Sim.), on voit de chaque côté, au-dessus de © l'insertion des hanches, une série de quatre petits ares chitineux (fig. 29). Il est probable que, chez les Dysderides et les Palpimanides, les bords du sternum, qui se prolongent au-dessus des hanches, résultent de la soudure de pièces épimériennes plus développées.

Fig:29.

. Les yeux sont toujours simples et se présentent à l'extérieur sous forme de cornéules très lisses enchâssées dans le tégument. Ils sont normalement au nombre de huit et toujours situés sur la partie céphalique dont ils occupent une surface plus ou moins étendue, Leur nombre est quelquefois de six, quelquefois aussi, mais beaucoup plus rarement, il est réduit à quatre (Tetrablemma) et même à deux (Nops).

Ils sont imsérés à plat ou obliquement, souvent même sur de légères saillics inclinées en divers sens, ce qui change leur axe et augmente le rayon visuel, comme Leuwenhoeck l’a, le premier, observé.

Les yeux sont de deux sortes généralement faciles à reconnaitre par leurs caractères extérieurs : les uns, qui existent exclusivement chez les espèces diurnes et chasseresses, telles que les Lycosa, Attus, ete., sont ronds, convexes, et diversement colorés ; les autres, qui se montrent chez les espèces nocturnes et lucifuges, sont plats, d’un blanc nacré et de forme variable, tantôt ronds, tantôt ovales, tantôt même plus ou moins anguleux; en raison de leurs fonctions, j'ai appelé les premiers yeux diurnes ct les seconds yeux nocturnes.

Un grand nombre d’Araignées (Aviculariides, Drassides, etc.) possèdent simultanément les deux sortes d’yeux.

Les yeux sont disposés en deux lignes transverses formées chacune de

(4) Archiv. f. Naturg., 1880. (2) Organ. Reg. Anim. Arachn., pl. 25, fig. 5.

19 HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

quatre yeux, et on peut y reconnaitre des yeux médians antérieurs (0. medii antici) (fig. 1 et 31 om.), latéraux antérieurs (laterales antici), médians posté- rieurs (medii postici) et latéraux postérieurs (laterales postici) (fig. 1 et 31 oL.), mais ces deux lignes ne sont pas toujours parallèles, elles sont très souvent courbées, soit en avant à convexité antérieure (recurvæ), soit en arrière à con- vexité postérieure (procurvæ), tantôt les deux lignes sont courbées dans le même sens, tantôt elles le sont en sens inverse, ou bien encore l’une des deux est seule courbée. La courbure des lignes oculaires est souvent si grande que les yeux paraissent placés sur trois ou même quatre rangs, mais une étude attentive, soit des modifications de chaque type, soit de la nature même des yeux, permet de rétablir la disposition primitive normale. C’est ainsi que, si l’on compare les yeux en deux lignes régulières des Selamia à ceux des Storena, on reconnaîtra que les yeux de la première ligne de ces dernières sont les latéraux de la première extrêmement courbée (procurva) et que les yeux de la troisième sont les médians de la seconde, également courbée dans le même sens, ses yeux latéraux formant avec les médians de la première une ligne presque droite. Les yeux des Oxyopes présentent au premier abord la dis- position de ceux des S{orena, mais leur homologie est différente, car ici les deux lignes sont courbées en sens inverse et ce sont les médians de la pre- mière frecurva) (au lieu d’être les latéraux) qui, plus avancés que les latéraux, constituent à eux seuls la première ligne, tandis que les latéraux de la seconde forment la troisième.

Les Attides s’éloignent encore plus du type normal, car leurs yeux sont placés sur trois rangs écartés, occupant toute l'étendue de la partie cépha- lique. Les quatre antérieurs sont cependant en ligne droite compacte, puis viennent sur les bords latéraux deux très petits yeux, puis enfin deux autres de moyenne grosseur placés aux angles postérieurs, le tout dessinant un grand quadrilatère; pour moi, cependant, les petits yeux du second rang ne sont autres que les médians du second; dans le genre Asamonea du groupe des Lyssomanes, ils sont placés en dedans des postérieurs et la ligne oculaire, bien que très courbée, se dessine nettement. Chez les Lycosides, la seconde ligne est extrêmement courbée au point de pouvoir être regardée comme formant deux lignes, mais tous les degrés de courbure existent dans la famille voisine des Pisaurides, qui offre quelques exemples de lignes ocu- laires presque parallèles.

Les types que je viens de citer ayant tous des yeux homogènes et diurnes, leur homologation peut paraître un peu arbitraire d'autant plus que leur grosseur relative est très variable; chez les Attides, en effet, ce sont les médians antérieurs qui ont la prééminence, tandis que chez les Lycosides ce sont ceux de la seconde et chez les Oxyopidæ les latéraux.

L’homologation est plus facile chez les Araignées hétérophthalmes ; chez la plupart, notamment chez les Aviculariides, les Drassides, etc., les médians anté- rieurs sont seuls diurnes, leur importance diminue en raison des habitudes lucifuges, ils sont parfois extrêmement réduits et représentés par une simple petite tache pigmentaire chez les espèces cavernicoles.

Quelquefois aussi, ils font complètement défaut, tel est le cas dans les familles entières des Dysderides, des Oonopides, des Sicariides, et dans certains

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE 13

genres tels que les Spermophora, Chorizomma, Scotolatys, Masteria, etc., qui appartiennent à des familles ayant normalement huit yeux; il est facile de voir que ce nombre est réduit par l’oblitération des médians antérieurs. Il n’y a à cette règle que très peu d’exceptions, on peut cependant citer le Crypto- cleples paradozus E. Sim., petite espèce du groupe des Linyphinæ, qui se distingue de ses congénères par l’absence de l’un des yeux latéraux; chez les Miagrammopes, le nombre des yeux parait réduit à quatre, par suite de l’obli- tération presque complète des yeux du premier rang; les quatre postérieurs gardent la situation normale qu’ils occupent dans les genres voisins (Hyptiotes).

Les yeux des Araignées hétérophthalmes sont généralement en groupe plus compact et sont plus régulièrement bisériés que ceux des Araignées homo- phthalmes. Quelquefois, cependant, certaines paires d’yeux ont complètement dévié de leur position normale. C’est ainsi que, chez les Selenops, les petits yeux médians de la seconde ligne sont venus se placer sur les côtés des latéraux de la première; on peut s’en convaincre en comparant le groupe oculaire des Selenops à celui des Plator, chez lesquels la position normale s’est maintenue. Chez les Cfenus, ils sont venus se placer sur les côtés des médians de la pre- mière ligne qui sont eux-mêmes dans une situation anormale, étant beaucoup plus reculés que les latéraux, etc.

Les lignes oculaires idéales dont je viens de parler doivent toujours être prises en passant par le centre des yeux et non tangentes à leurs bords anté- rieurs ou postérieurs, ce qui pourrait devenir une cause d'erreur.

Nora. J'ai recherché dans les travaux des anatomistes modernes, notamment dans ceux de Graber (1) et de Grenacher (2), qui sont, je crois, les plus récents sur la ques- tion, si la structure intime des yeux diurnes et nocturnes offrait quelques différences pouvant faire croire à une différence fonctionnelle et justifiant la distinction que j'en ai faite, uniquement d’après leur aspect extérieur. Suivant Grenacher, les terminaisons rétiniennes du nerf optique des yeux médians antérieurs (diurnes) ont des noyaux postbacillaires, c’est-à-dire silués en arrière des bâtonnets, tandis que ceux des yeux postérieurs (nocturnes) ont des noyaux prébacillaires. Schimkewitsch (Anat. Ep., p. 12) dit également : « Les noyaux prébacillaires existent seulement dans les yeux pos- térieurs de l'Epeire, aussi le dimorphisme des yeux indiqué par Grenacher est-il bien marqué. » F. Plateau, qui a publié plus récemment une série d'expériences sur la vision chez les Arachnides (3), ajoute : « Sans admettre immédiatement, avec Grena- cher, que la vision doit nécessairement être plus nette avec les yeux de la première catégorie (médians antérieurs), ce qui serait, du reste, presque impossible à constater, nous pouvons, raisonnablement, supposer que les deux formes d'organes ont des rôles légèrement différents. »

Voici, au reste, les conclusions auxquelles M. F. Plateau a été conduit par ses expériences sur la vision des Araignées :

Les Araignées, en général, percoivent à distance les déplacements des corps volu- mineux ;

(4) Archiv. Mikr. Anat., XVII, 1879, p. 58, 3 pl.

(2) Untersuchungen über das Sehorgan der Arthropoden insbesondere der Spinnen, Insecten und Crustaceen, Gütt., 1879 (Araignées, p. 39-57).

{3) Recherches expérimentales sur la vision chez les Arthropodes, partie. Bruxelles, 1887.

lu HISTOIRE NATURELLE DES ARAIGNÉES

2% Les Araignées chasseresses (Attides, Lycosides) sont probablement les seules qui voient les petits objets ;

3 Elles perçoivent des mouvements à une distance qui oscille, d'après les observa- teurs et suivant les espèces, entre 2 et 20.centimères ;

4 La distance, à laquelle la proic est vue assez bien pour que la capture en soit tentée, n'est que de 1 à 2 centimètres ;

Mème à cette faible distance la vision n’est pas nette, car les Araignées chasse- resses commettent de nombreuses erreurs ;

Ge Les Araignées tendant des toiles ont une vue détestable à toules les distances ; elles ne constatent la présence et la direction de la proie qu'aux vibrations de leur filet, et cherchent à prendre de petits objets tout autres que des insectes, dès que la présence de ces objets détermine dans le réseau des secousses analogues à celles que produiraient les mouvements d'insectes ailés (Op. cit., p. 35).

Les chélicères (chelæ) première paire d’appendices du céphalothorax sont insérées dans la partie membraneuse qui sépare le bord frontal de la cavité buccale; elles sont formées de deux articles : la tige et le crochet (fig. 30). L'article basilaire ou tige (paturon Lyonnet) se présente sous deux aspects qui caractérisent les deux sous-ordres; chez les Theraphoses, 11 est dirigé en avant dans Paxe du corps et présente la forme d’un demi-cylindre, à convexité extérieure, c’est-à-dire convexe en dehors et plan en dedans ; chez toutes les autres Araignées, il est dirigé en bas ou obliquement et il présente soit la forme d’un cylindre soit plus souvent celle d’un cône; il jouit dans tous les cas d’une certaine mobilité dans tous les sens. Cet article est presque toujours de tégument plus résistant que les autres parties du corps; sa base offre souvent au côlé externe une saillie basse et lisse (macula basalis) condyle articulaire, qui manque dans un grand nombre de familles, notamment chez les Dysderides, les Theridiides, les Attides, ete.; son extrémité est obliquement tronquée au côté interne, et cette face oblique est coupée dans le haut d’une échancrure membraneuse nécessaire à la mobilité du . crochet, elle est, le plus souvent, garnie d’un ou de deux rangs de dents limitant une sorte de gouttière dans laquelle vient se replier le crochet au repos, très souvent cette gouttière est encore limitée, au bord supérieur seulement, par une brosse de forts crins, brièvement barbelés, formant une sorte de scopula, ce qui se voit no- tamment chez les Clubionides, Agelenides, Drassides, Lycosides, cte.; d’autres fois, ies bords de la gouttière, dépourvus de dents et de scopula, sont dilatés a l'angle en forme d’apophyse formant pince avec le crochet, ce qui se

voit très bien chez les Scytodes et les Pholcus, dont Ile crochet est petit (fig. 31 ch.).

Fig. 50.

Le second article ou crochet (unguis) est inséré à l’extrémité de la tige, dans une petite cavité membraneuse entourée d’un rebord, un peu dilaté de chaque côté au point se fait l’articulation. Ce crochet est très mobile, mais dans une seule direction : chez les Theraphoses, il se replie longitudinalement en

PREMIÈRE PARTIE ANATOMIE \5

dessous, chez toutes les autres Araignées au côté interne, dans la rainure que j'ai décrite; sa base, vue en dessus, est tronquée droit, en dessous celle est coupée d'une échancrure qui renferme une petite pièce chitineuse plagula articularis), déja très bien figurée par Lyonnet {Anat., pl. 19, fig. lc), tantôt libre, tantôt soudée aux bords de l’échancrure.

Le crochet est très dur, aigu, arqué en croissant, très rarement dilaté à la base (Scytodes), plus rare- ment encore recourbé en dehors à la pointe (Laches); sa face inféricure offre deux [rarement une seule) fines carènes, dont linférieure est le plus souvent finement et régulièrement dentée {elle est lisse chez les Dysderides et la plupart des Attides). Ce crochet est creusé pour donner passage au canal excréteur de la glande vénénifique qui débouche près de son extrémité, à la face supéro-interne, par un très petit orifice presque toujours arrondi, quelquefois cepen- dant allongé en forme de fente (Dysdera), d'au- tres fois arrondi, mais s’ouvrant au fond d’une petite fossette longitudinale, comme Dugès l’a figuré chez le Nemesia (Reg. An. Cuv. Ar., pl. 1, fig. 1) (1).

Fig. 31.

Nora. L'appareil venimeux des Araignées se compose de deux glandes pyriformes situées à la partie antérieure du céphalothorax au-dessous du tégument dorsal, leur grosse extrémité est tournée en avant et donne naissance à un canal excréteur très vrèie parcourant toute la longueur des chélicères pour aboutir ou pore subterminal du crochet que j’ai décrit. Ces glandes sont tantot situées entièrement dans le cépha- lothorax (Agelena, Tegenaria, Epetra), tantôt elles sont partiellement situées dans l'article basilaire des chélicères (Clubione), tantôt enfin elles sont entièrement con- tenues dans cet article (Avicularia, d’après Siebold et Slannius). Leur dimension, relativement à la taille de l'animal, est très variable. Mac Leod les a trouvées très petites chez Lycosa pulverulenta et Marpissa muscosa, beaucoup plus grosses chez les Epeira, Agelena et Tegenaria, etc. Cf. Mac Leod. Notice sur l'appareil venimeux des Aranéides in Archiv. Biol., t. 1, 1880.

L’espace qui sépare la base des chélicères du bord du bandeau est de tissu souple et membraneux, ce qui permet la mobilité de la tige, quelquefois cependant cet espace offre une étroite bande transverse indurée qui paraît correspondre aux pièces épimériennes, car c’est précisément chez les espèces celles-ci existent qu’elle se